Votre matelas est plein. Et maintenant ? Assurance-vie, PEA : où va l'argent des femmes qui investissent
Si vous avez lu mon précédent article sur le grand mensonge du Livret A, vous avez fait le calcul. Vous connaissez désormais votre chiffre : ce fameux matelas de sécurité, calibré selon votre profil de vie. Et peut-être avez-vous découvert, avec un mélange de fierté et de vertige, que vos livrets débordent largement au-delà de cette somme.
C'est précisément à ce moment-là que le système compte sur votre paralysie.
Car entre le moment où une femme comprend que son épargne dort et le moment où elle passe à l'action, il s'écoule en moyenne des années. Des années pendant lesquelles son argent continue de financer les projets de l'État et la rentabilité de sa banque, pendant que l'inflation grignote silencieusement son pouvoir d'achat.
Pendant mes 10 ans en banque en tant que CGP, j'ai observé ce phénomène des centaines de fois. Et j'ai surtout observé à qui l'on proposait quoi. Laissez-moi vous emmener dans les coulisses.
Le chiffre qui devrait toutes nous révolter
Commençons par une réalité que peu de gens connaissent. Selon le dernier baromètre de l'AMF (l'Autorité des Marchés Financiers), seulement 24 % des femmes détiennent des investissements en bourse, contre 45 % des hommes. Presque du simple au double.
Ce n'est pas une question de moyens : à patrimoine équivalent, les femmes investissent moins. Ce n'est pas non plus une question de compétence : les études montrent régulièrement que lorsque les femmes investissent, elles obtiennent des performances égales ou supérieures à celles des hommes, précisément parce qu'elles évitent les comportements impulsifs.
Non. C'est une question de conditionnement. On a appris aux femmes à protéger l'argent, et aux hommes à le faire fructifier. Le Livret A pour elle, le compte-titres pour lui.
L'œil de la sociologue Le sous-investissement féminin n'est pas un trait de caractère, c'est une construction sociale. Depuis l'enfance, l'argent est présenté aux filles sous l'angle du danger (« fais attention », « garde de côté ») et aux garçons sous l'angle de la conquête. Résultat : à l'âge adulte, le mot « bourse » évoque la sécurité perdue pour l'une, l'opportunité pour l'autre. L'AMF elle-même qualifie désormais ce sous-investissement de « problème majeur » — à la fois pour l'autonomie financière des femmes et pour l'économie tout entière.
Ce que votre banquier vous propose (et pourquoi)
Revenons dans mon ancienne agence bancaire. Une cliente arrive avec 30 000 € qui dorment sur ses livrets saturés. Que se passe-t-il ?
Le conseiller lui propose presque systématiquement l'assurance-vie maison. Et sur le papier, c'est un bon conseil : l'assurance-vie est une enveloppe formidable. Mais ce qu'on ne lui dit pas, c'est que tous les contrats d'assurance-vie ne se valent pas. Loin de là.
Voici comment la banque se rémunère sur ce produit, à chaque étage :
- Les frais sur versement : chaque fois que vous déposez de l'argent, la banque en prélève une partie avant même qu'il soit investi. Les grilles tarifaires des grandes banques affichent encore des taux allant jusqu'à 3 %, même si la moyenne réellement pratiquée baisse d'année en année.
- Les frais de gestion annuels : prélevés chaque année sur la totalité de votre encours, que votre contrat gagne ou perde de l'argent.
- Les supports « maison » : c'est le piège le plus invisible. On vous oriente vers les fonds gérés par la filiale de la banque elle-même, qui empilent leurs propres frais de gestion (souvent 1,5 % à 2 % par an) par-dessus ceux du contrat. La banque se sert deux fois.
À l'inverse, les contrats nouvelle génération (courteurs en ligne, contrats internet des assureurs) affichent 0 % de frais sur versement, des frais de gestion réduits, et donnent accès à des supports indiciels (ETF) dont les frais internes sont de 5 à 10 fois inférieurs à ceux des fonds maison.
La démonstration mathématique : 30 000 € de différence
Prenons deux amies, Julie et Sarah. Toutes deux ont 35 ans, toutes deux ont constitué leur matelas de sécurité, toutes deux décident d'investir 300 € par mois pendant 20 ans. Même somme, même durée, même profil de risque équilibré.
- Julie signe le contrat de sa banque : frais sur versement, frais de gestion élevés, fonds maison. Sa performance nette réelle tourne autour de 4 % par an.
- Sarah ouvre un contrat en ligne sans frais d'entrée, investi sur des supports indiciels à bas coûts. À allocation comparable, sa performance nette tourne autour de 6 % par an.
| Indicateur | Julie (Contrat Bancaire) | Sarah (Contrat en Ligne) |
|---|---|---|
| Versements totaux sur 20 ans | 72 000 € | 72 000 € |
| Performance nette annuelle | ~ 4 % | ~ 6 % |
| Capital à l'arrivée | ~ 110 000 € | ~ 138 000 € |
Près de 30 000 € d'écart. Pas parce que Sarah a pris plus de risques. Pas parce qu'elle est plus douée. Uniquement parce qu'elle a refusé de payer des frais qui ne servent qu'à rémunérer l'intermédiaire. Sur un patrimoine plus important ou une durée plus longue, cet écart se compte en dizaines de milliers d'euros supplémentaires.
C'est peut-être la leçon la plus importante de toute votre éducation financière : en matière de placement, les frais sont la seule variable que vous contrôlez à 100 %. Vous ne maîtrisez ni les marchés, ni l'inflation, ni les taux. Mais les frais, oui.
Assurance-vie ou PEA : le match des deux enveloppes
Une fois qu'on a compris qu'il faut fuir les contrats chargés en frais, reste la vraie question : dans quelle enveloppe loger votre argent ? Les deux reines du placement long terme en France sont l'assurance-vie et le PEA (Plan d'Épargne en Actions). Ce ne sont pas des placements en soi : ce sont des boîtes fiscales dans lesquelles vous placez des investissements.
| Caractéristique | Assurance-Vie | PEA (Plan d'Épargne en Actions) |
|---|---|---|
| Plafond de versement | Aucun | 150 000 € |
| Ce qu'on peut y loger | Fonds euros (sécurisé) + unités de compte (actions, ETF, immobilier...) | Actions et ETF européens (dont ETF monde éligibles) |
| Maturité fiscale | 8 ans | 5 ans |
| Fiscalité des gains après maturité | Abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple), puis taux réduit | Exonération d'impôt sur le revenu (restent les prélèvements sociaux de 17,2 %) |
| Retraits avant maturité | Possibles à tout moment (fiscalité moins favorable) | Possibles, mais un retrait avant 5 ans entraîne en principe la clôture du plan |
| Atout unique | Transmission : abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans | La fiscalité la plus douce de France sur les actions |
Le verdict SheInvest : Ce n'est pas l'une ou l'autre. C'est l'une et l'autre, dans le bon ordre et pour le bon usage.
- L'assurance-vie est votre couteau suisse : elle accueille vos projets à moyen terme (grâce au fonds euros, qui rapporte désormais davantage que le Livret A), vos investissements longs, et elle prépare votre transmission. C'est l'enveloppe de la flexibilité.
- Le PEA est votre moteur de performance : c'est l'enveloppe la plus puissante fiscalement pour faire croître un capital en actions sur 10, 15, 20 ans. C'est l'enveloppe de l'ambition.
La stratégie la plus simple et la plus robuste ? Ouvrir les deux au plus tôt, même avec de petites sommes. Car ce qui compte, c'est de prendre date : le compteur fiscal (8 ans, 5 ans) démarre à l'ouverture, pas au moment où vous versez de grosses sommes. Une assurance-vie ouverte aujourd'hui avec 500 € vaut fiscalement de l'or dans 8 ans.
« Oui mais... et si la bourse s'effondre ? »
C'est LA question que me posent toutes les femmes que j'accompagne. Et elle est légitime : votre besoin de sécurité mérite une réponse sérieuse, pas un haussement d'épaules.
Voici la réponse en trois points :
- Votre matelas de sécurité existe déjà. C'est tout l'objet de l'article précédent : vous n'investissez que l'argent dont vous n'aurez pas besoin avant 8 ou 10 ans. Un krach n'est un problème que pour celle qui doit vendre au pire moment. Vous, vous n'aurez jamais à vendre au pire moment.
- Le temps est votre meilleure protection. Sur des périodes de 15 ans et plus, les marchés actions mondiaux diversifiés ont historiquement toujours fini en territoire positif, crises comprises. Ce qui est risqué à 1 an devient statistiquement solide à 15 ans.
- Le versement programmé lisse tout. En investissant 200 ou 300 € chaque mois, vous achetez parfois haut, parfois bas — et vous neutralisez la question du « bon moment ». C'est la stratégie de l'investisseuse sereine, pas de la spéculatrice.
L'œil de la sociologue Remarquez que personne ne vous demande jamais si vous avez « peur » quand vous laissez 40 000 € sur des livrets rongés par l'inflation. Pourtant, la perte est là, certaine, chaque année. On a simplement appris à trouver normale la perte lente et invisible, et terrifiante la fluctuation visible. Le vrai risque, à l'échelle d'une vie, c'est l'immobilisme.
Votre plan d'action en 4 étapes
- Validez votre matelas : charges fixes mensuelles × votre indice de sécurité (3 à 6 mois selon votre profil). Pas un euro de plus sur les livrets.
- Prenez date : ouvrez une assurance-vie sans frais sur versement ET un PEA, même modestement. Chaque mois qui passe est un mois de compteur fiscal perdu.
- Automatisez : mettez en place un versement programmé mensuel, calibré sur votre capacité d'épargne réelle. L'automatisation est votre meilleure alliée contre la procrastination et contre vos propres émotions.
- Fuyez les frais : avant de signer quoi que ce soit, exigez la grille complète — frais sur versement, frais de gestion, frais des supports. Si votre interlocuteur devient flou sur ce sujet, vous avez votre réponse.
Conclusion : de l'épargnante à l'investisseuse
Il y a quelque chose de profondément politique dans le fait, pour une femme, d'ouvrir un PEA. C'est refuser le rôle de gardienne du bas de laine qu'on lui a assigné. C'est réclamer sa part de la création de richesse, au lieu de se contenter de la stabiliser pour les autres.
Votre matelas de sécurité protège votre présent. Vos enveloppes d'investissement construisent votre futur : votre retraite, vos projets, votre liberté de dire non — à un emploi qui vous épuise, à une relation qui vous enferme, à une vie qui ne vous ressemble plus.
Vous avez le droit de reprendre votre avenir en main.
Vous ne savez pas quel contrat choisir ? Vous voulez définir la répartition idéale entre fonds euros, ETF et projets immobiliers selon VOTRE situation ? Prenons le temps d'analyser tout cela ensemble, de manière neutre, experte et bienveillante.
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